Rupture – Prospective : Papeteries Darblay – Corbeil-Essonnes 5/7

Actions – Réactions

Une première phase d’intervention économique aura lieu de 1970 à 1980. Protestations et soutiens au personnel de la part de la municipalité sont les premiers actes remarqués.

En 1970, suite à une restructuration des filiales (Sopalin et Kleenex quittent le site pour l’usine de Rouen), la sociétété Darblay s’associe à la société Chapelle. Les effectifs passent alors de 3000 à 910 personnes.

En 1975, le groupe est racheté par Paribas. Toutes les usines de la vallée de l’Essonne se regroupent sous le nom d’Everball. On commence à voir apparaître l’activité de récupération, réservée aux papiers cartons et kraft.

En 1977, l’effectif tombe à 353 personnes. Mairie et syndicats s’allient pour investir le site. Sans résultat.

En 1980, il ne reste plus que 260 personnes. Le groupe Chapelle Darblay dépose le bilan.

La vraie première tentative de sauvetage de la papeterie de Corbeil-Essonnes débute alors en 1980 par la reconversion de la machine n°9 (machine qui fit la richesse et la gloire de la papeterie) sur le papier recyclé.

En 1982, décision est prise de commander un rapport. Préfet, député, maire de Corbeil-Essonnes, directeur interdépartemental de l’industrie, représentant du Ministre se réunissent afin de mettre en évidence :

– la volonté du gouvernement de dégager une solution industrielle positive,

– de reconquérir le marché intérieur

– la spécificité de l’usine de Corbeil-Essonnes liée à sa situation en région Parisienne.

Le rapport Mestries sera essentiellement technique et financier. On y trouve une analyse des marchés qui tendra vers une conclusion alarmiste.

Basé sur l’activité nationale de papeterie, le rapport Mestries souligne l’intérêt national de développer en France la fabrication de papier recyclé à usage graphique, la présence d’une telle papeterie s’imposant en région parisienne.

Malheureusement, la création de cette papeterie de recyclé, qui aurait été alors la plus importante en France, n’a pu se faire que parce qu’il existait déjà depuis 20 ans, dans la Région parisienne, à Euregincourt, une autre usine de recyclage, plus modeste, jouant le rôle pilote. Les 2 papeteries bénéficiant d’une direction commune, celle de Corbeil-Essonnes fut temporairement sauvée. Le rapport Mestries attire l’attention sur le fait que la séparation entre les 2 sites serait grandement préjudiciable et pourrait ruiner toute opération de sauvetage de Corbeil (3) .

Jusqu’en 1980, l’action de la municipalité est politique, rappelons que la ville est communiste depuis 1959. Alliance avec les syndicats, pétitions, mobilisation totale de la ville, autant d’actions qu’appuiera le député-maire Combrisson qui interviendra auprès du Ministre de l’Industrie Michel d’Ornano. Celui-ci suggérera la filière Récupération comme moyen d’avenir. Mairie et syndicats refuseront cette solution jusqu’à la publication en 1983 du rapport Mestries, ils préfèrent la production de pâte à papier neuve.

En 1986, Soucieuse de mettre en place les recommandations « filière récupération » du rapport Mestries, la municipalité de Corbeil-Essonnes met en place un montage financier à travers la Société Anonyme d’Economie Mixte la S.A.I.E.M. ; afin que cette dernière acquière des terrains appartenant autrefois à Darblay. Une partie sera restituée à la papeterie pour qu’une certaine activité perdure, une autre partie verra l’installation de petites PME-PMI.

Au final, tous les projets péricliteront, et le site papetier sera abandonné en 1996.

Entre temps, le site aura vu le commencement de sa démolition dans les années 70-80. Des écoulements d’hydrocarbures et de pyralène dans la rivière Essonne sont enregistrés. Un enfant meurt en tombant d’un toit, la mairie est accusée de non-surveillance. Des ouvriers chinois démantèlent de façon illégale le site. Un homme d’affaires est arrêté pour banqueroute frauduleuse.

En 2004 la papeterie fantôme est enfin vendue (4). La mairie en rachetant le site, aux enchères, est enfin maîtresse de son devenir. Ce ne sont plus que 12 ha qui sont en jeu.

En 2006, Bouygues Immobilier acquiert le site. C’est la fin de très nombreuses années d’imbroglios financiers. Et le début d’une possible résilience.

(3) Rapport Mestries, mars 1983

(4) Le Parisien -28 octobre 2004

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